Sénégal – Mali : Tout savoir sur l’odyssée historique et l’éternel face-à-face des frères jumeaux du Sahel

Le quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 qui se dispute à Tanger n’est pas une simple…
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Le quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 qui se dispute à Tanger n’est pas une simple affiche de football, mais une véritable fresque historique qui prend vie sur la pelouse. Pour comprendre l’intensité de ce duel, il faut remonter aux racines mêmes de l’indépendance, lorsque le Sénégal et le Mali ne formaient qu’une seule et unique entité politique. Entre janvier 1959 et août 1960, la Fédération du Mali représentait l’espoir d’une Afrique de l’Ouest unifiée, partageant un destin commun sous les mêmes couleurs.

L’union fraternelle entre le Sénégal et le Soudan français — qui prendra plus tard le nom de Mali — a laissé des traces indélébiles qui frappent l’œil dès l’entrée des joueurs sur la pelouse. Sous le ciel d’Afrique, deux étendards s’élèvent, parés des mêmes couleurs panafricaines — le vert, le jaune et le rouge — témoins d’une genèse commune au sein de la Fédération du Mali. Plus frappant encore, les deux nations continuent de clamer la même devise nationale, affirmant l’idéal d’un « Peuple – Un But – Une Foi » qui orne toujours les frontons des capitales à Dakar et Bamako.

Cependant, cette harmonie apparente cache une blessure historique qui a fait bifurquer leurs destins lors de la nuit tumultueuse du 19 au 20 août 1960. Ce qui devait être le fer de lance de l’unité africaine s’est brisé sous le poids de divergences idéologiques devenues irréconciliables. D’un côté, Léopold Sédar Senghor prônait pour le Sénégal un socialisme modéré. De l’autre, Modibo Keïta défendait pour le Soudan français une ligne panafricaniste radicale. Ce divorce politique a conduit le Sénégal à faire sécession, entraînant l’éclatement de la Fédération et l’expulsion de Modibo Keïta par le célèbre train reliant Dakar à Bamako.

De cette rupture sont nées deux célébrations distinctes, chacune portant une symbolique propre. Le Sénégal a choisi de fixer sa fête nationale au 4 avril afin de commémorer la signature des accords de transfert de compétences avec la France, privilégiant ainsi l’acte juridique fondateur. À l’inverse, l’ancien Soudan français a officiellement adopté le nom de République du Mali le 22 septembre 1960, date à laquelle il célèbre depuis son indépendance pour marquer sa souveraineté retrouvée après l’échec de l’union.

Depuis ce divorce historique, la rivalité s’est déplacée des palais présidentiels vers les stades de football. Ce que l’on appelle aujourd’hui le « Mafessico » ou le « Derby de la Savane » transforme chaque rencontre entre les Lions de la Teranga et les Aigles du Mali en un événement électrique. Sur le terrain, la lutte est féroce, nourrie par un sentiment de parenté qui refuse la défaite face au frère. Pourtant, une fois le coup de sifflet final donné, la devise commune rappelle que si les trajectoires politiques ont divergé, les deux peuples restent liés par une identité que les frontières n’ont jamais réussi à effacer.

Sur le plan des statistiques, ce choc est aussi rare qu’attendu. Il est fascinant de constater que malgré leur proximité géographique, ces deux géants ne se sont croisés qu’une seule fois auparavant en phase finale de la CAN. C’était en 2004 en Tunisie, lors d’une phase de poules où les deux frères s’étaient neutralisés sur un score de parité (1-1). Dramane Traoré avait alors ouvert la marque pour les Aigles à la 34′ avant qu’Habib Beye n’arrache l’égalisation sénégalaise dans le temps additionnel de la première mi-temps. Ce précédent historique montre à quel point les retrouvailles en phase éliminatoire directe constituent un événement exceptionnel.

Le bilan global des confrontations, riche de quarante-et-un épisodes, penche toutefois nettement en faveur des Lions de la Teranga. Le Sénégal domine historiquement avec 19 victoires contre seulement 8 pour le Mali, pour 13 matchs nuls. La supériorité sénégalaise s’est également traduite devant le but avec 61 réalisations contre 38 pour les Aigles. La domination des Lions s’inscrit surtout dans la durée, puisque le Mali court après un succès face à son voisin depuis près de vingt-huit ans. La dernière victoire malienne remonte en effet au 26 novembre 1997.

Aujourd’hui, au stade Ibn Batouta, l’enjeu dépasse la simple qualification pour le dernier carré. Le Sénégal reste sur une impressionnante série d’invincibilité de treize matchs consécutifs face au Mali, dont la dernière confrontation en 2019 s’était soldée par un doublé salvateur de Sadio Mané. Pour les Aigles, il s’agit enfin de briser ce complexe du « grand frère » et de mettre fin à des décennies de disette. Pour le Sénégal, l’objectif est de confirmer sa suprématie historique et de prouver que l’héritier de la Fédération reste le patron du football ouest-africain.

Lang Fils

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