De passage à Kéracounda, le village des fidèles admirateurs de son défunt père, la cantatrice Dabo Mané s’est livrée à cÅ“ur ouvert. Entre fierté de l’héritage, spiritualité profonde et combat pour la reconnaissance de son art, la digne ambassadrice de la culture mandingue du Pakao trace sa propre voie, fidèle à la pure tradition orale.
Le Pakao chevillé au corps et au cœur
C’est avec une immense joie et une reconnaissance non dissimulée que Dabo Mané a répondu à l’invitation des populations de Kéracounda à l’occasion des mariages des frères SEYDI, Boubacar et Vieux, tous deux fils de Sadioba. Un moment de forte communion pour celle qui a fait de la vulgarisation de la culture mandingue son sacerdoce, bien au-delà des frontières du Sénégal, rayonnant jusque dans la sous-région comme en Guinée-Bissau.
Pour la cantatrice, la musique n’est pas un choix de carrière, c’est une identité. Fille de feu Youssouph Mané, le légendaire griot du Pakao, elle revendique fièrement cet héritage génétique et artistique. Sa particularité ? Une authenticité totale. À l’heure où l’industrie musicale se modernise, Dabo Mané chante à l’instinct, sans jamais poser une seule ligne sur le papier. Un don d’improvisation hérité de ses ancêtres qui fait toute la puissance de sa voix et la poésie de ses mots.
Du traditionnel au religieux : un chemin de gratitude
Au cours de cet entretien exclusif, l’artiste a également levé le voile sur ce qui l’a poussée à intégrer les chants religieux dans son répertoire. Derrière cette transition spirituelle se cache une émouvante histoire de foi et de gratitude.
Après environ huit années de mariage sans enfant, Dabo Mané a croisé le chemin de feu le Khalife général de Madina Souané, El Hadji Cheikh Ba Karamba Souané. Grâce aux prières formulées par le saint homme, la cantatrice a eu le bonheur de connaître les joies de la maternité. Ce virage musical est sa manière de lui rendre grâce.
Cette connexion spirituelle, elle la doit à un autre homme fort : feu Mohamed « Pounthioung » Cissé, ancien maire de Diannah Bah, qui avait introduit l’artiste auprès du marabout. Dabo Mané n’a pas manqué de saluer la mémoire de ce regretté guide local.
L’hommage aux bienfaiteurs et le défi des droits d’auteur
L’émotion était également palpable lorsque la cantatrice a évoqué la mémoire de feu Karamba Dabo, un généreux entrepreneur de Carcia. Profondément impressionné par le talent de Dabo Mané et son engagement à valoriser la culture mandingue, ce dernier lui faisait de nombreuses offrandes et s’était engagé à lui offrir des instruments de musique complets. Un projet noble que le destin a malheureusement interrompu en emportant l’homme d’affaires.
Aujourd’hui, Dabo Mané regarde vers l’avenir avec l’ambition de professionnaliser davantage sa carrière. Elle a annoncé avoir officiellement déposé ses dossiers pour la reconnaissance de ses droits d’auteur. Pour franchir ce nouveau cap et continuer à faire résonner la voix du Pakao à travers le monde, la cantatrice lance un appel solennel à toutes les bonnes volontés et aux passionnés de culture pour l’accompagner dans sa mission.