L’onde de choc est immense dans l’est du Tchad. Après une frappe de drone meurtrière ayant causé la mort de 17 civils, le président Mahamat Idriss Déby rompt la retenue et ordonne à son armée de répondre systématiquement à toute agression provenant du territoire soudanais.
La ville de Tiné, située à la lisière de la frontière soudanaise, a été le théâtre d’un carnage ce début de semaine. Un drone, attribué par les services de renseignement tchadiens aux Forces de soutien rapide (FSR) engagées dans la guerre civile au Soudan, a largué des projectiles sur des zones habitées. Le bilan provisoire est lourd : au moins 17 personnes ont perdu la vie et plusieurs dizaines d’autres ont été grièvement blessées. Les FSR ont nié jeudi, sur le réseau social Telegram, être à l’origine de cette attaque, rejetant la responsabilité sur leurs rivaux de l’armée soudanaise.
Le Conseil de défense durcit le ton
Face à cette violation flagrante de l’intégrité territoriale, le chef de l’État, Mahamat Idriss Déby, a convoqué d’urgence un conseil de défense. La neutralité affichée par le Tchad depuis le début du conflit au Soudan en avril 2023 semble avoir atteint ses limites. Désormais, l’armée nationale tchadienne (ANT) dispose d’un mandat clair pour « riposter à toute attaque provenant du Soudan ».
Un risque d’embrasement régional
Cette décision marque un tournant géopolitique majeur. En ciblant Tiné, les belligérants soudanais exportent directement leur conflit chez leur voisin. Si le Tchad engage ses forces aériennes ou terrestres en réponse à de nouvelles incursions des FSR, la dynamique de la guerre au Darfour pourrait basculer, impliquant directement une puissance militaire régionale dans le bourbier soudanais.
« La sécurité de nos citoyens n’est plus négociable », a martelé une source proche de la présidence à N’Djamena.
Alors que le pays gère déjà une crise humanitaire sans précédent avec l’afflux massif de réfugiés, cette nouvelle escalade place la frontière est sous une tension maximale.