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Le président de la transition, le général Mahamat Idriss Déby Itno, a annoncé samedi dans un discours qu’il sera candidat à l’élection présidentielle prévue le 6 mai.

Le président de la transition tchadienne a enfin annoncé officiellement sa candidature à la prochaine élection présidentielle, prévue pour le 6 mai, devant plusieurs centaines de personnes massées pour la circonstance dans le grand amphithéâtre du ministère des Affaires étrangères, qui a servi de cadre à cette cérémonie à la fois solennelle et festive.

C’est la fin d’un vrai faux suspense, puisqu’on savait que le général cinq étoiles allait être candidat à sa propre succession à la tête [du] deuxième pays le moins développé du monde, depuis que le parti créé par son défunt père [Idriss Déby, président du Tchad de 1990 à 2021] l’a investi dans une ambiance de carnaval, le 13 janvier dernier.

Les fidèles du président de la transition travaillent d’arrache-pied depuis quelques mois pour obtenir le tuk-guilli [en langue mooré, cette expression signifie “prendre tout”] ou le coup KO, en organisant une véritable opération de braconnage dans la forêt de l’opposition politique, couronnée par la “reddition” et le ralliement du principal challenger Succès Masra, mais entachée par l’assassinat en milieu de semaine dernière de l’autre figure de proue des anti-Déby, Yaya Dillo, dont le quartier général du parti a été détruit à la pelleteuse.

Violence politique chronique


Mais ce serait aller vite en besogne, car, avec l’assassinat mercredi dernier [28 février] de Yaya Dillo, opposant et membre de la même tribu que le président, suivi dans la foulée de l’arrestation musclée de Saleh Déby Itno (frère de l’ancien président et oncle de Mahamat Déby), la température politique risque de connaître des pics de chaleur avant même l’élection du 6 mai prochain.

Ces deux événements, qui ont fait l’effet d’un tremblement de terre à N’Djamena et dans tout le nord-est du Tchad, constituent certes un message très fort envoyé à l’opposition et à la grande famille des Zaghawa pour que tous rentrent dans les rangs avant le sacre de Mahamat Déby le 6 mai.

Mais il n’est pas sûr que dans ce pays chroniquement instable et ravagé par plusieurs décennies de rébellions armées, on ira jusqu’au bout de ce processus électoral sans entendre encore des crépitements de kalachnikov ou des bruits de chars d’assaut. Déjà, de nombreuses voix s’élèvent pour appeler à venger Yaya Dillo et même à écarter Mahamat Déby du pouvoir avant que cette série de drames ne cristallise les rancœurs et ne fragilise le clan familial et l’ethnie zaghawa des Déby, au centre des affaires politiques et économiques depuis plusieurs décennies.

La réponse des partisans du président risque malheureusement d’être des plus brutales. Car ils ne lésineront sur aucun moyen pour perpétuer la mémoire de Déby père, pérenniser le pouvoir de Déby fils et préserver les intérêts du clan.


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