Disparition d’Arfang Abdou Daffé : le Pakao perd un érudit, un maître spirituel et un modèle d’humilité

Kéracounda est en deuil. La communauté musulmane du Pakao, de la Gambie et de la Casamance est frappée par une…
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Kéracounda est en deuil. La communauté musulmane du Pakao, de la Gambie et de la Casamance est frappée par une immense douleur à la suite du rappel à Dieu d’Arfang Abdou Daffé, affectueusement surnommé « Abou Korwal », survenu ce vendredi 17 juillet 2026 à Bacar Sambouya, près de Brikama, en Gambie, où il vivait avec sa famille depuis plus de quinze ans. Son inhumation est prévue ce même jour à 17 heures, en terre gambienne.

Avec la disparition de ce grand homme de foi, c’est une véritable bibliothèque vivante des sciences islamiques qui s’éteint, laissant derrière elle un héritage spirituel, intellectuel et humain d’une valeur inestimable.

Né en Gambie, mais profondément enraciné à Kéracounda, où il a grandi, Arfang Abdou Daffé fut très tôt initié à la mémorisation du Saint Coran et aux sciences religieuses par son père, Arfang Massy Daffé, éminent érudit, soufi respecté et maître coranique. Sous son autorité, il étudia les ouvrages fondamentaux de la tradition islamique, notamment Lakhdary, Asmawiy ainsi que les enseignements transmis par la célèbre Mouskoto Konté, surnommée Nana, sa mère, connue pour sa profonde piété. Après le décès de son père en 1995 puis celui de sa mère en janvier 2017, il poursuivit fidèlement le chemin qu’ils lui avaient tracé.

Animé par une quête insatiable du savoir, il parcourut de nombreuses localités afin de parfaire sa formation. Il reçut les enseignements de grands maîtres tels qu’Arfang Karamo Sidya, Arfang Sadou Seydi, Arfang Wassa Konté, avant de poursuivre son apprentissage à Ziguinchor, au quartier Néma, auprès de Koutobo Mannafa, Karamba Massimbé et de plusieurs autres oulémas. À chacune de ces étapes, il associait l’étude à l’enseignement, convaincu que la connaissance ne prend toute sa valeur que lorsqu’elle est transmise.



Après plusieurs années d’enseignement à Ziguinchor, il poursuivit sa mission à Cap Skirring où il forma de nombreux apprenants pendant deux ans. Son parcours le conduisit ensuite en Gambie où il continua, jusqu’à ce que l’âge et la maladie l’en empêchent, à enseigner le Coran, la Sunna et les sciences islamiques avec la même passion et la même rigueur.

Pendant plus d’une décennie, Arfang Abdou Daffé fut l’une des principales voix religieuses de Kéracounda. Il animait les grandes conférences islamiques organisées lors des Gamou, des cérémonies religieuses et des rencontres spirituelles dans de nombreuses localités du Pakao, de la Casamance et de la Gambie. Son éloquence, sa parfaite maîtrise des textes religieux, sa pédagogie et sa profonde humilité lui valaient le respect des fidèles comme celui des érudits.

Son savoir dépassait largement le simple enseignement coranique. Reconnu pour sa maîtrise approfondie du fiqh, de la théologie, de la jurisprudence islamique et des sciences traditionnelles, il était régulièrement sollicité par des disciples, mais aussi par des oustaz et des maîtres coraniques venus approfondir leurs connaissances auprès de lui. Dans les milieux religieux, il était unanimement considéré comme un homme doté d’une connaissance exceptionnelle des sciences ésotériques islamiques, communément appelées les secrets maraboutiques, qu’il utilisait avec sagesse, discrétion et exclusivement au service du bien, de la paix et de la protection des populations.

Mais au-delà de l’érudit, les témoignages convergent vers un homme d’une rare qualité humaine. Arfang Abdou Daffé incarnait la générosité, l’hospitalité et le sens du partage. Sa porte restait ouverte à tous : voyageurs, élèves, voisins ou simples visiteurs trouvaient toujours auprès de lui un accueil chaleureux, un repas partagé, une parole réconfortante ou un précieux conseil. Son sourire permanent, sa bonne humeur communicative, son humilité et sa simplicité faisaient de lui un homme aimé de tous, capable de créer des liens d’amitié partout où il passait.

Profondément sociable, il entretenait des relations fraternelles avec toutes les couches de la société. Il privilégiait toujours la réconciliation, la paix et le dialogue, considérant que l’islam est avant tout une religion de miséricorde, de solidarité et de fraternité.

L’une de ses plus grandes réussites demeure sans doute l’éducation qu’il a donnée à ses enfants. Véritable bâtisseur de générations, il a su transmettre à sa famille l’amour du savoir religieux et des sciences modernes. Son fils aîné, Cheikh Mahmoudou Daffé, est aujourd’hui un prédicateur reconnu, imam, oustaz et professeur d’arabe ayant poursuivi des études à l’Université islamique de Pire puis en Arabie saoudite. Yancouba Daffé, qui vient d’obtenir son diplôme d’ingénieur en agroécologie le 15 juillet 2026, est également mémorisateur du Saint Coran. Malick Daffé est titulaire d’un Master en linguistique et maîtrise parfaitement les sciences islamiques, tandis que Karamba Daffé poursuit actuellement ses études universitaires à Dubaï. Cette brillante réussite familiale témoigne de l’importance que le défunt accordait à l’excellence, aussi bien dans les sciences religieuses que dans les disciplines modernes.

Même installé en Gambie depuis plus de quinze ans, Arfang Abdou Daffé n’a jamais rompu le lien avec son village natal de Kéracounda. Chaque occasion religieuse était pour lui un moment privilégié de retrouver sa communauté, de partager son savoir, de renforcer les liens de fraternité et de perpétuer les valeurs héritées de ses ancêtres.

Avec sa disparition, Kéracounda, le Pakao et la Gambie perdent bien plus qu’un maître coranique. Ils perdent un éducateur, un guide spirituel, un homme de paix, un érudit dont la vie entière fut consacrée à l’adoration de Dieu, à la transmission du savoir et au service de la communauté.

Kéranos Média présente ses condoléances les plus émues à ses deux épouses Mouskouta BIAYE et AMIDIA DIASSY, à ses enfants, à toute la famille Daffé, à ses nombreux disciples ainsi qu’à l’ensemble des populations de Kéracounda, du Pakao et de la Gambie.

Qu’Allah (SWT), dans Son infinie miséricorde, lui pardonne ses péchés, illumine sa tombe, fasse de celle-ci un jardin parmi les jardins du Paradis et l’accueille dans les plus hauts degrés d’Al-Firdaws. Amine.

Par CM Touré

Lang Fils

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