Muharram est le premier mois du calendrier lunaire musulman. Le Prophète ﷺ a enseigné qu’il s’agit du mois d’Allah et qu’après le Ramadan, c’est la meilleure période pour pratiquer le jeûne. Selon les traditions, jeûner un seul jour durant ce mois sacré équivaut à trente jours de jeûne ordinaires. Au cœur de ce mois se trouve Achoura, le dixième jour, qui revêt une importance spirituelle et historique majeure.
Dans son ouvrage intitulé « Qunya », le grand guide spirituel Cheikh Abdoul Qadr Jilani, Sultan des Saints, rappelle qu’Achoura est un jour charnière. C’est en ce jour précis que se sont déroulés des événements fondateurs comme la création d’Adam, l’acceptation de son repentir, ainsi que la création des Anges, de l’Arche, du Trône, du Kursi, de l’ange Jibril et de la Plume céleste. C’est aussi le moment où la première goutte de pluie est tombée sur Terre. Ce jour est intimement lié à la délivrance des prophètes : le salut de Nouh descendant de son arche, la naissance et la préservation d’Ibrahim, le rachat d’Ismaïl, l’élévation d’Idriss, la fin des épreuves d’Ayyoub, le pardon accordé à Dawoud et le don du royaume à Soulayman. C’est également le jour où Allah parla à Moussa, et celui où Issa est né puis a été élevé au ciel. Enfin, la tradition retient que c’est un jour d’Achoura que le Seigneur s’est établi sur le Trône et que Son premier regard vers les gens du Paradis aura lieu lors de la Résurrection.
L’importance de ce jour est également ancrée dans la pratique prophétique. Lors de son arrivée à Médine, le Messager d’Allah ﷺ constata que les Juifs jeûnaient en ce jour pour commémorer le moment où Allah a sauvé Moussa et son peuple en noyant Pharaon. Le Prophète ﷺ déclara alors que les musulmans étaient plus légitimes à se réclamer de Moussa. Il jeûna donc ce jour et ordonna de le faire, tout en recommandant d’y associer un jour avant ou un jour après afin de se distinguer des traditions antérieures.
Allah le Très-Haut rappelle dans le Coran que Muharram fait partie des quatre mois sacrés durant lesquels il ne faut pas faire de tort à soi-même. Les mérites des actes d’adoration y sont démultipliés. Le jeûne d’Achoura possède la vertu d’expier les péchés de l’année précédente et apporte une récompense spirituelle immense. La générosité est aussi au cœur de cette journée : offrir un repas copieux à sa famille attire la bénédiction sur le foyer pour toute l’année, tandis que nourrir un croyant équivaut à avoir rassasié toute la communauté. C’est également le moment idéal pour faire l’aumône, visiter les malades, honorer les liens de parenté et faire preuve de tendresse envers les orphelins. Enfin, les actes de dévotion comme la récitation de la sourate Al-Ikhlas et les prières surérogatoires ouvrent grand les portes du pardon divin et de la lumière céleste.
Al Amine Farba Sané