Le vent de la discorde qui souffle sur le PASTEF vient de révéler une fracture conceptuelle profonde au sein du parti au pouvoir. Alors que le Comité Exécutif National (COMEX), sous la dictée d’Ousmane Sonko, actait un boycott catégorique du tout nouveau gouvernement dirigé par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, la reconduction du Dr Ibrahima Sy au Ministère de la Santé et de l’Hygiène publique sonne comme un désaveu de la ligne dure.
En acceptant de rempiler, le Dr Sy ne commet pas seulement un acte de dissidence politique : il théorise une nouvelle doctrine que l’on pourrait qualifier de « Patriotisme d’État ».
La Nation comme seule boussole : L’art du dépassement
Dans sa lettre ouverte aux Sénégalais, le ministre de la Santé a ciselé ses mots pour transformer son « indiscipline » de parti en un acte de bravoure républicaine. Sa formule fera date :
« Pour l’histoire, nous avons fait le choix, en tant que patriotes, de servir le pays au-delà de toute autre considération, avec comme seule boussole l’intérêt supérieur de la Nation. »
Par ce positionnement, le Dr Ibrahima Sy opère une distinction cruciale : le « Projet » pour lequel les Sénégalais ont voté en mars 2024 appartient au peuple et s’exécute sous la légitimité constitutionnelle du président Bassirou Diomaye Faye. Dès lors, le patriotisme ne se décline plus dans les meetings ou les communiqués de rupture du parti, mais bien au cœur des administrations et des hôpitaux, là où se gèrent les urgences des citoyens.
Des adieux feutrés à Ousmane Sonko
L’hommage rendu à Ousmane Sonko pour ses « neuf années de compagnonnage » n’est pas qu’une simple formule de politesse ; c’est un acte de décharge. En lui souhaitant « plein succès dans la poursuite de son parcours politique », le Dr Sy prend acte, avec une élégance froide, de la séparation des rôles. Sonko reste le gardien du temple partisan, tandis que lui s’engage dans le sacerdoce de la continuité de l’État aux côtés d’Ahmadou Al Aminou Lô.
Ce choix d’Ibrahima Sy, partagé par une dizaine d’autres hauts cadres du PASTEF ayant intégré la nouvelle équipe, marque un tournant. Le pouvoir a opéré sa mue : le temps de la contestation est définitivement révolu, place au réalisme de l’exercice de l’État.