La publication de la composition officielle du nouveau gouvernement dirigé par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô marque un tournant historique et consacre une profonde mutation de l’espace politique sénégalais. Cette équipe ministérielle s’installe dans un contexte de haute tension après la rupture consommée avec le départ d’Ousmane Sonko. Bien que le Comité Exécutif du PASTEF ait publié un communiqué officiel particulièrement ferme affirmant que le parti n’y serait représenté par aucun ministre, la réalité de la liste gouvernementale révèle une dynamique beaucoup plus complexe, faite de dissidences internes, d’alliances stratégiques et d’un renforcement de la ligne présidentielle.
La surprise majeure de ce remaniement réside dans le fait que plusieurs cadres de haut niveau du PASTEF ont choisi de passer outre la mise en garde explicite de leur propre parti en décidant de siéger dans la nouvelle équipe. Ainsi, des figures de premier plan de la formation patriotique conservent ou accèdent à des postes de responsabilité majeurs. C’est le cas de M. Yankoba Diémé, propulsé au ministère hautement stratégique des Forces armées, ainsi que de M. Moussa Bala Fofana, qui maintient son ancrage à la tête du ministère de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des territoires. De la même manière, M. Alioune Dione à la Microfinance et à l’Économie sociale, tout comme le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, M. Ibrahima Sy, ont choisi de faire prévaloir la continuité de l’action de l’État sur la discipline de parti, créant une scission de fait au sein de la ligne originelle du PASTEF.
Parallèlement à ces ralliements internes, cette transition consacre le renforcement évident des hommes de confiance du président de la République, créant un pôle de pouvoir résolument « Diomayiste » au cœur de l’exécutif. M. Cheikh Diba, dont le maintien au ministère de l’Économie, des Finances et du Plan s’avère crucial pour la stabilité macroéconomique, s’impose désormais comme le véritable pivot technique de l’appareil d’État. Ce pôle présidentiel se trouve solidifié par la montée en puissance de M. El Hadji Abdourahmane Diouf, qui se voit confier le portefeuille ultra-stratégique et souverain de l’Énergie et du Pétrole, confirmant la volonté du chef de l’État de confier les leviers économiques de la nation à des profils à la fois fidèles et hautement compétents.
Enfin, l’architecture de ce gouvernement repose sur la consolidation d’un bloc d’alliés historiques du PASTEF qui ont fait le choix stratégique de rester solidaires du président Bassirou Diomaye Faye plutôt que de suivre Ousmane Sonko dans sa posture de retrait. Cette fidélité à l’institution présidentielle est incarnée par M. Déthié Fall, le leader du PRP, qui prend une place centrale en devenant ministre des Infrastructures. Il est accompagné dans cette dynamique par le Dr Cheikh Tidiane Dièye, qui conserve le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement, ainsi que par M. Moustapha Mamba Guirassy à l’Éducation nationale. Le maintien de M. Boubacar Camara au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation complète ce dispositif d’alliés de poids, transformant ce gouvernement de crise en une coalition de technocrates et de leaders politiques réorganisés autour du projet présidentiel, au détriment de l’hégémonie initiale du parti PASTEF.