Equipe du Sénégal : Le piège des cadres et le syndrome du rétroviseur. De la rupture de Cissé au sacrifice de Thiaw

Le réveil est brutal pour le football sénégalais. Après une entame manquée face à la France (1-3), les Lions de…
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Le réveil est brutal pour le football sénégalais. Après une entame manquée face à la France (1-3), les Lions de la Téranga ont concédé une seconde défaite logique mais ô combien douloureuse face à la Norvège (2-3) au bout de la nuit. Si le miracle mathématique reste possible face à l’Irak en cas de score fleuve pour espérer arracher une place parmi les meilleurs troisièmes, la réalité du terrain, elle, ne ment pas : le Sénégal est à bout de souffle.

Au cœur du naufrage, une question brûle les lèvres de tous les observateurs : la gestion des cadres. En s’entêtant à aligner des joueurs hors de forme par pur respect pour les services rendus, le sélectionneur Pape Thiaw a peut-être signé le crépuscule d’une génération dorée, là où son prédécesseur, Aliou Cissé, avait bâti ses succès sur une impitoyable rupture.

Le surplace générationnel : Quand le respect se transforme en sacrifice

Le constat statistique est implacable. Le cordon ombilical de l’équipe nationale repose sur des trentenaires au crépuscule de leur immense carrière : Édouard Mendy (34 ans), Kalidou Koulibaly oulibaly (35 ans), Idrissa Gana Gueye (36 ans) et Sadio Mané (34 ans). Arriver en Coupe du Monde exige pourtant une forme athlétique optimale.

Malheureusement, Kalidou Koulibaly et Idrissa Gana Gueye revenaient de plus de deux mois de blessure. Sans rythme, n’ayant disputé que quelques minutes lors des matchs de préparation, ils ont pourtant été propulsés titulaires face aux dynamites françaises et scandinaves.

Le terrain a rendu son verdict. Contre la France, l’arrière-garde a coulé, Koulibaly confessant lui-même sa grande souffrance physique après le match. Face à la Norvège, le scénario s’est répété. En insistant avec des joueurs en deçà de 50 % de leurs capacités, Pape Thiaw a commis un double préjudice : il a exposé ses cadres à la vindicte populaire et a privé une jeune génération talentueuse et affamée de s’exprimer. Dans un football de très haut niveau, ce conservatisme s’apparente à un sacrifice.

Deux philosophies opposées : La poigne d’Aliou Cissé face à la complaisance de Pape Thiaw

Pour comprendre le mal actuel, il est indispensable de comparer la philosophie de Pape Thiaw à celle de son mentor, Aliou Cissé, à sa prise de fonction en 2015. À cette époque, Cissé avait hérité d’un vestiaire lourd, porté par des figures fortes. Sa réponse avait été immédiate, révolutionnaire et intransigeante : une rupture totale.

Aliou Cissé n’avait pas hésité à aller au clash et à écarter définitivement les statuts de l’époque, à l’image de Demba Ba, Papy Djilobodji, Dame Ndoye, Papiss Demba Cissé ou Mame Biram Diouf. Cissé avait imposé une règle simple : la faim et la forme du moment l’emportaient sur le nom. C’est précisément cette politique de poigne qui a permis d’installer et de faire grandir la génération de Sadio Mané et de remporter la CAN au Cameroun.

Pape Thiaw, adjoint historique de Cissé, a quant à lui choisi le chemin inverse : celui d’une continuité presque aveugle. Par peur du vide, excès de respect ou manque d’autorité, il a refusé de couper le cordon. Là où Cissé imposait le mérite, Thiaw a sanctuarisé les privilèges, maintenant un système de passe-droits pour des leaders certes vaillants mais vieillissants, quitte à fragiliser l’équilibre collectif.

Le scandale Malang Sarr : Le symbole d’un gâchis managérial

L’illustration parfaite de cette gestion défaillante réside dans la composition de la ligne défensive. Comment justifier la titularisation d’un Coulibaly convalescent ou la sélection de joueurs en manque flagrant de temps de jeu, pendant que Malang Sarr est relégué au statut de simple réserviste ?

Le défenseur central du RC Lens sort d’une saison monumentale, s’imposant comme l’un des tous meilleurs défenseurs du championnat de France, si ce n’est le meilleur joueur sénégalais du moment à son poste. Pourtant, Pape Thiaw s’est passé de lui.

L’excuse du passé ne tient plus : Les rumeurs évoquent le fait que Malang Sarr avait, par le passé, décliné la sélection dans l’espoir de jouer pour la France. C’était à l’époque d’Aliou Cissé. Mais le rôle d’un grand sélectionneur national est précisément d’aller convaincre, de séduire et de ramener les meilleurs talents sous le drapeau lorsque l’intérêt de la nation est en jeu. Surtout que le joueur a publiquement déclaré sa flamme et sa disponibilité pour le Sénégal.

Regardons ce qu’a fait le Maroc avec Brahim Díaz. Le joueur du Real Madrid aurait longtemps repoussé le Maroc pour attendre l’Espagne. Pourtant, la fédération et le staff marocains n’ont jamais lâché l’affaire. Ce le cas d’Issa Diop qui avait réclamé haut et fort l’équipe de France au détriment du Sénégal et du Maroc: ils ont insisté, les ont convaincu, et aujourd’hui, Díaz fait le bonheur des Lions de l’Atlas.

Mettre Malang Sarr sur la liste des réservistes pour aligner des joueurs blessés est une faute professionnelle. Si le Sénégal avait gagné, ce choix aurait été salué comme le triomphe de la fidélité. Mais à ce niveau, le romantisme n’a pas sa place. En refusant de préparer l’après-génération dorée, Pape Thiaw a précipité la chute de ses propres héros. Contre l’Irak, il ne s’agira plus seulement de marquer des buts ; il s’agira de poser, enfin, les premières pierres de la reconstruction.

Par Arfang Lang KONTÉ

Lang Fils

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