Responsable politique, entrepreneur et agent recruteur du Complexe Sportif Bruno Metsu de Saly-Mbour — partenaire de l’Académie du Paris Saint-Germain (PSG) —, Saliou Kandé revient sur les journées de détection de jeunes talents organisées les 30 et 31 mai 2026 au terrain municipal de Kolibantang. Dans cet entretien accordé à Kéranos Média, il explique les motivations de cette initiative, le déroulement des tests et les perspectives offertes aux jeunes footballeurs de la commune.
Kéranos Média : Vous avez organisé les 30 et 31 mai derniers un important test de détection de jeunes talents au terrain municipal de Kolibantang. Pouvez-vous revenir sur le partenariat qui vous lie au Complexe Sportif Bruno Metsu et à l’Académie du PSG ?
Saliou Kandé : Tout est parti de mon expérience personnelle. Aujourd’hui, trois de mes enfants poursuivent leur formation au sein du Complexe Sportif Bruno Metsu, qui abrite notamment l’Académie du Paris Saint-Germain. En tant que parent, j’ai eu l’occasion de découvrir de très près le fonctionnement de cette structure.
J’ai été particulièrement impressionné par la qualité de la formation qui y est dispensée. Ce n’est pas seulement une école de football. Les jeunes bénéficient d’un véritable accompagnement sportif, scolaire, médical et éducatif. Les encadreurs mettent l’accent sur la discipline, le respect, le travail et les valeurs humaines. C’est une approche qui prépare les enfants à réussir aussi bien sur le terrain que dans leur vie.
En observant cette qualité d’encadrement, je me suis dit qu’il serait injuste que seuls les enfants des grandes villes puissent profiter de cette opportunité. Les jeunes de Kolibantang ont autant de talent que ceux de Dakar, Thiès, Mbour ou Kaolack. Ils méritent également d’être vus par des recruteurs professionnels.
J’ai alors entamé des discussions avec les responsables du Complexe Bruno Metsu afin qu’ils acceptent d’organiser une séance de détection dans notre commune. Ils avaient déjà l’habitude de se rendre à Ziguinchor, Kolda et Sédhiou. Grâce à la confiance que nous avons bâtie, j’ai réussi à les convaincre d’ajouter Kolibantang à leur calendrier.
Je suis persuadé que la Casamance demeure l’un des plus grands réservoirs de talents du football sénégalais. Cette région a vu naître des joueurs de dimension internationale comme Sadio Mané, Papis Demba Cissé, Lamine Camara ou encore Krépin Diatta. Rien ne dit que le prochain grand joueur sénégalais ne viendra pas de Kolibantang.
KM : Au départ, l’annonce du test n’avait pas suscité un grand enthousiasme. Pourtant, le jour J, plus de 250 jeunes étaient présents. Comment expliquez-vous cet engouement ?
Saliou Kandé : Au début, beaucoup de personnes étaient sceptiques. Certains pensaient qu’il s’agissait d’une simple activité locale ou d’une promesse sans lendemain. C’est tout à fait normal, car les populations ont souvent été confrontées à des annonces qui ne débouchent sur rien.
Le fait que mes propres enfants soient déjà pensionnaires de cette académie constituait pour moi un argument très fort. Je pouvais parler de ce que je connaissais personnellement. Je savais exactement comment fonctionne cette structure et quelles opportunités elle offre.
Ensuite, le nom du Paris Saint-Germain inspire naturellement confiance. Tout le monde connaît ce grand club. Les jeunes se sont rapidement rendu compte qu’il ne s’agissait pas d’une simple compétition de quartier mais d’une véritable opportunité pouvant ouvrir les portes du football de haut niveau.
Au final, les ASC ont compris l’importance de cette chance. Les jeunes sont venus très nombreux, avec beaucoup de motivation, de sérieux et surtout beaucoup de rêves.
KM : Comment les opérations de détection se sont-elles concrètement déroulées ?
Saliou Kandé : Nous avons voulu organiser un processus transparent et équitable. Avant tout, j’ai adressé une correspondance officielle au président de la Zone de Kolibantang, M. Youssouph Kandé, ainsi qu’au maire de la commune, le Dr Abdoulaye Faty. Leur implication était indispensable pour assurer une bonne organisation.
Nous avons ensuite demandé à chaque village de proposer ses meilleurs jeunes joueurs. Selon la taille des villages, entre trois et huit candidats étaient retenus. Cette présélection nous a permis de constituer un groupe d’environ 250 jeunes.
Durant les deux journées, les recruteurs ont évalué plusieurs aspects : la qualité technique, la vitesse, la maîtrise du ballon, l’intelligence de jeu, la capacité à évoluer collectivement mais également le comportement des joueurs.
À l’issue de la première journée, cinquante jeunes ont été retenus. Après des évaluations beaucoup plus poussées, vingt-deux joueurs ont finalement obtenu leur qualification pour la prochaine étape.
Je tiens également à rappeler un point important. Les parents peuvent toujours inscrire directement leurs enfants au Complexe Bruno Metsu. Cependant, cette solution représente un coût relativement élevé. Les campagnes de détection permettent justement aux familles d’accéder gratuitement ou à moindre coût à cette opportunité. Lorsqu’un enfant est définitivement retenu, sa formation est entièrement prise en charge par l’académie.
KM : Quels étaient précisément les critères de sélection ?
Saliou Kandé : Les recruteurs se sont exclusivement appuyés sur deux critères : le talent et l’âge. Les candidats devaient avoir entre 13 et 16 ans. Ensuite, seule la qualité démontrée sur le terrain comptait. Il n’y avait aucune autre considération.
Les recruteurs disposent d’une longue expérience. En quelques minutes, ils sont capables d’identifier les jeunes qui possèdent des qualités techniques, physiques et mentales susceptibles d’être développées dans un centre de formation professionnel.
KM : Quelle sera maintenant la prochaine étape pour les 22 jeunes retenus ?
Saliou Kandé : Je dois dire que les recruteurs eux-mêmes ont été agréablement surpris. Au départ, ils avaient prévu de retenir seulement deux ou trois jeunes pour représenter Kolibantang lors de la phase suivante. Mais après avoir observé le niveau général, ils se sont retrouvés face à un véritable dilemme. Ils nous ont même confié qu’ils ne s’attendaient pas à découvrir autant de talents dans une seule commune.
Finalement, ils ont décidé de sélectionner vingt-deux jeunes. Ces derniers seront convoqués à Mbour où ils participeront à une nouvelle phase de détection avec les meilleurs joueurs venus d’autres régions du Sénégal.
Cette dernière étape sera beaucoup plus exigeante. Les jeunes évolueront dans un environnement proche de celui des centres de formation professionnels. Les meilleurs intégreront définitivement le Complexe Sportif Bruno Metsu et bénéficieront d’une prise en charge complète, comprenant l’hébergement, la scolarité, la formation sportive et le suivi médical.
Pour ces jeunes, c’est une opportunité exceptionnelle qui peut changer le cours de leur vie.
KM : Plusieurs observateurs ont remarqué qu’aucun joueur n’avait été retenu dans certains villages pourtant réputés pour leur vivier de talents, comme Kéracounda ou Macka. Certains évoquent même du favoritisme. Que leur répondez-vous ?
Saliou Kandé : Je comprends ces interrogations, mais elles ne reposent sur aucun élément concret. Les recruteurs venaient de Mbour-Saly. Ils ne connaissaient ni les villages, ni les familles, encore moins les appartenances politiques des candidats. Ils ont uniquement jugé les performances observées sur le terrain.
D’ailleurs, cela se vérifie facilement : dans mon propre village, aucun jeune n’a été retenu. Si j’avais voulu favoriser qui que ce soit, j’aurais commencé par les jeunes de mon village. Ce n’est pourtant pas ce qui s’est passé.
Cette sélection s’est déroulée dans la plus grande transparence. Les décisions appartenaient exclusivement aux recruteurs de l’académie. Je voudrais donc demander aux populations de continuer à encourager tous les jeunes, y compris ceux qui n’ont pas été retenus cette fois-ci. Un échec aujourd’hui ne signifie pas la fin d’un parcours. Avec davantage de travail et de persévérance, ils pourront réussir lors des prochaines campagnes.
KM : Votre mot de la fin ?
Saliou Kandé : Je voudrais avant tout remercier Kéranos Média pour l’intérêt accordé à cette initiative qui met en valeur notre jeunesse. J’adresse également mes sincères remerciements au maire de Kolibantang, le Dr Abdoulaye Faty, au président de la Zone Youssouph Kandé, aux chefs de village, aux éducateurs, aux bénévoles, aux parents ainsi qu’à tous ceux qui ont contribué à la réussite de cette activité.
Mon ambition est simple : faire en sorte que chaque jeune talent de notre commune puisse avoir les mêmes chances que ceux des grandes villes. Je continuerai à travailler avec tous les partenaires pour que Kolibantang devienne, dans les années à venir, une véritable terre de détection et de formation des futurs internationaux sénégalais. Notre jeunesse possède un immense potentiel. Il nous appartient simplement de lui ouvrir les bonnes portes.
Propos recueillis par M. Sidy Diop et le Comité de rédaction (CM Touré) pour Kéranos Média.