L’article 17 de la loi n° 2014-14 du 28 mars 2014 au Sénégal interdit formellement de vendre ou d’offrir du tabac aux mineurs. Pourtant, malgré cette législation, l’accès aux produits du tabac reste d’une facilité déconcertante pour les adolescents dans les boutiques de quartier. Selon la Ligue Sénégalaise contre le Tabac (LISTAB), près de 15 % des jeunes sénégalais de moins de 15 ans sont déjà initiés au tabagisme. Un chiffre alarmant pour un pays qui s’est pourtant doté d’un arsenal juridique strict.
Les facteurs économiques et socioculturels n’expliquent-ils pas ce décalage entre le texte législatif et la réalité du terrain ?
La vente à l’unité est formellement contraire aux dispositions légales. Pourtant, dans les échoppes de quartier, la cigarette est massivement vendue au détail, ce qui la rend financièrement accessible aux enfants munis de simples pièces de monnaie. Cette distribution se fait sans le moindre contrôle de l’âge, et parfois en toute connaissance de cause de la part du boutiquier, dont le seul objectif est d’écouler son produit.
Le piège des commissions et du mimétisme
De plus, il est de coutume que les adultes commissionnent les enfants pour acheter leurs biens de consommation courante, y compris les cigarettes. Le boutiquier ne sait donc pas si le tabac est destiné à l’enfant ou à son parent. Mais même lorsque la commande provient d’un adulte, le fait d’envoyer l’enfant l’expose directement à la tentation. En cours de route, entre la boutique et la maison, l’enfant tient la cigarette, joue au fumeur en la coinçant entre ses doigts, et s’initie inconsciemment en la portant à ses lèvres.
Ce contournement de la loi expose les jeunes à des risques majeurs et les fait entrer précocement dans l’addiction. Plus l’initiation est précoce (souvent avant 15 ans), plus la dépendance à la nicotine s’installe profondément, compliquant tout sevrage futur. Cette première passerelle facilite ensuite l’accès aux nouveaux produits très prisés par les adolescents, tels que la chicha, les cigarettes électroniques ou les sachets de nicotine, sans oublier le développement de maladies chroniques. À long terme, ce tabagisme précoce alimente l’explosion des maladies cardiovasculaires et des cancers.
Briser le sentiment d’impunité
À cela s’ajoute un sentiment d’impunité délétère. Lorsque les lois de santé publique sont ouvertement bafouées au coin de la rue, cela entretient auprès des citoyens et de la jeunesse un sentiment général d’inefficacité des règles étatiques.
Cependant, pour protéger les mineurs, n’est-il pas urgent de passer de la législation théorique à la coercition et à la dissuasion économique ? Cela implique de sanctionner sévèrement la vente de cigarettes à la pièce. Forcer l’achat par paquet complet ne permettrait-il pas de dissuader immédiatement les mineurs qui ne disposent pas des moyens financiers nécessaires ?
Par Cheikh Tidiane Sidibé