Un incident judiciaire a suffi à fracturer la perception publique du risque épidémique. Pourtant, les données épidémiologiques racontent une autre histoire.
La découverte d’un réseau impliqué dans la transmission volontaire du VIH a provoqué, au Sénégal, une ruée sans précédent vers les centres de dépistage, phénomène caractéristique des «paniques morales» documentées par la sociologie de la santé. Face à cette sismicité sociale, le Dr Safiétou Thiam, Secrétaire exécutive du CNLS (Conseil National de Lutte contre le Sida), a opposé les faits à l’affect : sur 18 millions de sénégalais, 47 000 personnes vivent avec le VIH soit un taux de prévalence d’environ 0,26 %, parmi les plus bas d’Afrique subsaharienne.
Plus structurant encore : 39 000 patients hommes, femmes et enfants sont répertoriés et sous traitement actif, soit un taux de prise en charge approchant 83 %. Les chiffres suggèrent non pas une épidémie incontrôlée, mais un système de santé publique qui, malgré ses fragilités, tient la ligne. Le véritable facteur bloquant demeure la stigmatisation sociale, qui dissuade le dépistage et rompt la chaîne thérapeutique, un obstacle structurel que nulle hystérie collective ne saurait résoudre.