Chaque hivernage, le ballon ressort dans tous les quartiers du pays. Depuis un demi-siècle, les Navétanes ne sont plus un simple jeu de vacances. Plus de 8 400 ASC (Associations Sportives et Culturelles), 500 000 licenciés, 20 000 matches par an, c’est l’organisation de masse la plus vivante du pays, bien avant les partis.
Tout vient des champs. Le mot naît du wolof nawet (la saison des pluies), quand des jeunes venus du Mali ou de Guinée cultivaient l’arachide. Dans les années 50, le foot prend le relais pendant les grandes vacances, loin des fédérations. Une contre-société est née dans les rues.
L’ASC fait souvent le travail que l’État ne fait pas. Curage des caniveaux, lutte contre le paludisme, premiers pas en démocratie pour des milliers de jeunes. Certaines lancent des boulangeries ou des fermes pour freiner l’émigration clandestine. Le tableau n’est pas tout rose. Les stades ont parfois viré au drame, comme à Demba Diop en 2017 ou récemment à Yeumbeul. Sur le terrain, le xon (le maraboutage) pèse souvent plus lourd que les consignes de l’entraîneur.
Diomaye Faye a lancé une réforme d’envergure. En mars 2025, l’ex ministre Khady Diène Gaye a piloté des concertations d’où sont sorties 13 recommandations : juillet-octobre pour les compétitions, intégration de l’ONGAM (structure dissidente du mouvement), retour du théâtre dans les ASC, poussée vers l’entrepreneuriat. L’ONCAV (Office National de Coordination des Activités Vacances), qui chapeaute tout le mouvement, aura fort à faire. Reste à savoir si l’État saura discipliner ce géant populaire sans lui voler son âme.