Quand l’injustice des mots offense la noblesse d’un métier (Par Chérif Macoulong)
Auteur
Lang Fils
Publié le
22 avril 2026
Les propos du Marabout et guide religieux Moustapha Sylla de Taïba_Marsassoum tenu lors de la cérémonie officielle de son Gamou _ qualifiant les enseignants de « poison » et de « pingres », ne relèvent pas seulement de l’excès de langage. Ils traduisent une profonde méconnaissance — ou une dévalorisation inquiétante et sciemment orchestrée — d’un pilier fondamental de toute société : l’école et ceux qui la font vivre.
Il faut le dire sans détour : assimiler les enseignants à un « poison » est non seulement injuste, mais dangereusement réducteur.
Dans un pays comme le Sénégal, où l’éducation demeure l’un des principaux leviers de transformation sociale, les enseignants sont au contraire les artisans silencieux du progrès. Ils façonnent les consciences, transmettent les savoirs, inculquent des valeurs, souvent dans des conditions difficiles, avec des moyens limités et une reconnaissance insuffisante.
Peut-on sérieusement qualifier de « poison » ceux qui apprennent à lire, à écrire, à raisonner et qui forment toutes les autres corporations (médecins, avocats, juges, magistrats, administrateurs civiles, ingénieurs, pilotes…) ? Ceux qui, dans les zones urbaines comme rurales, se battent quotidiennement pour maintenir vivante la flamme du savoir ? Une telle affirmation heurte non seulement la dignité des enseignants, mais aussi celle de toute une nation qui leur doit une grande part de ses élites.
Quant à l’accusation de « pingrerie », elle relève d’un jugement hâtif, stéréotypé et caricatural. Loin de l’image de repli sur soi que ce terme suggère, nombreux sont les enseignants qui, au-delà de leurs obligations professionnelles, s’investissent socialement : soutien scolaire bénévole, encadrement de jeunes, participation à la vie communautaire, soutien économique pour de nombreux parents, amis, voisins et de simples connaissances. Étant exposé socialement, ils reçoivent tout le temps des sollicitons qui peuvent même outrepasser leurs possibilités financières. Ne pouvant plus tendre la main, ils sont parfois obligés de gérer de manière rationnelle et de mener une vie sans parcimonie.
Il est essentiel de rappeler que la parole publique, surtout lorsqu’elle émane d’une figure religieuse ou influente, engage une responsabilité particulière. Dans un contexte où les tensions sociales peuvent être exacerbées par des discours clivants, il est impératif de privilégier l’apaisement, le respect et la reconnaissance mutuelle.
Critiquer le système éducatif est légitime. Interpeller les enseignants sur leurs devoirs peut l’être aussi. Mais stigmatiser tout un corps professionnel par des propos généralisants et dévalorisants est une dérive que rien ne saurait justifier.
Le Sénégal a besoin d’unité, de cohésion et de respect entre ses différentes composantes. Opposer les acteurs de l’éducation à d’autres forces sociales ne peut que fragiliser cet équilibre. Il est temps de réaffirmer, avec force et conviction, que les enseignants ne sont pas le problème : ils sont une partie essentielle de la solution.
En définitive, il ne s’agit pas seulement de défendre une profession, mais de protéger une valeur : celle de l’éducation comme fondement du progrès collectif. Et sur ce point, aucune approximation, aucune outrance verbale ne devrait être tolérée car, comme l’a si bien dit Mariama BA dans son roman une si longue lettre, « Les enseignants – ceux du cours maternel autant que ceux des universités – forment une armée noble aux exploits quotidiens, jamais chantés, jamais décorés. Armée toujours en marche, toujours vigilante. Armée sans tambour, sans uniforme rutilant. Cette armée-là, déjouant pièges et embûches, plante partout le drapeau du savoir et de la vertu. »
Abdou kadri Touré dit Chérif Macoulong
Professeur d’Economie Familiale et Sociale au lycée de Diaroumé, spécialiste en Sciences de l’Education et de la Formation
Vous avez raison sur toute la ligne, cher professeur. C’est tout simplement désolant d’entendre ces genres de propos venant d’une personne considérée « guide religieux ».
Aucun peuple ne saura remercier assez ses enseignants.
J’aimerais rappeler à ce vieux Sylla que le mot OUSTAZ veut dire ENSEIGNANT en français. Donc, attention à la parole. Savoir mesurer sa portée est une vertu rare de nos jours.
À bas les discours démagogiques!
Mes remerciements infinis à tous les enseignants du monde entier.
Pour terminer, dites à Tapha que les autorités qui étaient assises à ses côtés ont été toutes, sans aucune exception, formées pour ces soldats du savoir.