L’histoire du football retiendra peut-être que la Coupe d’Afrique des Nations 2025 ne s’est pas terminée au coup de sifflet final à Rabat, mais dans les bureaux feutrés du jury d’appel de la CAF et se poursuit dans les salons dorés du Palais de la République à Dakar. Ce qui devait être une célébration du sport est devenu, en ce mois de mars 2026, une crise institutionnelle sans précédent opposant deux puissances du football continental : le Sénégal et le Maroc.
Un dénouement administratif après le chaos du terrain
Tout bascule le 17 mars 2026, lorsque la Confédération Africaine de Football prend la décision historique d’invalider la victoire acquise sur le terrain par le Sénégal deux mois plus tôt. Le verdict s’appuie sur un incident précis de la finale : ce retrait momentané des joueurs sénégalais, protestant contre un penalty litigieux, qui a duré plus de quinze minutes avant que le match ne reprenne son cours normal. Pour la CAF, ce geste constitue un abandon de match pur et simple, transformant le score de 1-0 en faveur des Lions de la Téranga en un forfait administratif de 3-0 au profit des Lions de l’Atlas.
L’onde de choc internationale et la fronde des experts
L’annonce a provoqué une déflagration médiatique mondiale. Des consultants de renom comme l’Égyptien Mido n’ont pas hésité à parler d’une « honte » pour la crédibilité du continent, accusant les instances de privilégier la politique au détriment de la vérité du rectangle vert. Dans le monde entier, de la presse européenne aux anciennes gloires comme Claude Le Roy, le débat fait rage : le règlement doit-il s’appliquer avec une telle froideur clinique, quitte à effacer le résultat d’un match qui s’est pourtant poursuivi jusqu’à son terme sous l’autorité de l’arbitre ? En Algérie, la réaction est d’autant plus vive que le ministre de la Jeunesse et des Sports et les médias d’État dénoncent ce qu’ils considèrent comme un favoritisme institutionnel démesuré.
Le Sénégal en ordre de bataille : Une affaire de souveraineté
C’est au sommet de l’État sénégalais que la riposte a pris sa forme la plus spectaculaire. Le Président Bassirou Diomaye Faye a personnellement transformé ce litige en une priorité nationale lors du Conseil des ministres du 18 mars 2026. Exprimant son indignation, le chef de l’État a convoqué les dirigeants de la Fédération Sénégalaise de Football pour sceller une union sacrée. Ce n’est plus seulement une fédération qui se défend, mais une nation entière qui mobilise ses ressources. Le Président a ainsi pris l’engagement inédit de financer une part importante des honoraires d’un pool de six avocats d’élite, tout en suggérant l’intégration de ténors du barreau pour renforcer cette « Task Force » juridique.
La symbolique du Palais face au verdict de la CAF
L’aspect le plus frappant de cette contre-offensive reste la guerre de l’image. En changeant sa photo de profil officielle pour s’afficher devant le trophée de la CAN, le Président Faye envoie un message clair au monde : pour le Sénégal, la coupe est à Dakar et elle y restera. Cette posture de résistance, soutenue par le Comité Exécutif fédéral, prépare le terrain pour une confrontation finale devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) à Lausanne. La stratégie est désormais claire : démontrer que la sanction de la CAF est disproportionnée et que l’esprit du sport a été sacrifié sur l’autel d’une interprétation rigide des textes.
Par Arfang Lang KONTÉ