À 34 ans, après huit années au sommet du football international, deux Coupes du monde et deux sacres continentaux, Édouard Mendy a officiellement tourné la page de la sélection sénégalaise. Considéré comme l’un des plus grands gardiens de l’histoire du continent africain et nommé cette année pour le prestigieux Trophée Yachine, le portier s’est confié en exclusivité à RFI. Entre sentiment du devoir accompli, nouveau cycle sous la houlette de Patrick Vieira et investissements éducatifs, retour sur les coulisses d’une décision mûrement réfléchie.
Un cheminement mûri depuis la dernière CAN
Loin d’être un coup de tête, l’arrêt de la carrière internationale du gardien d’Al-Ahli trouve ses racines au cœur de la dernière Coupe d’Afrique des Nations au Maroc. Entre les exigences physiques du haut niveau, les blessures passées — comme son doigt cassé en 2019 ou sa côte fracturée — et l’envie de léguer un héritage sain, le portier aux 59 sélections a choisi de se regarder dans le miroir.
« J’ai eu le privilège de jouer deux Coupes du monde, de participer à trois CAN et demie, d’en remporter deux, d’incarner ce rôle de grand frère, d’être dans la transmission pour préparer la génération présente mais aussi future. Quand on se pose toutes ces questions-là, qu’on y ajoute des paramètres plus familiaux, on se dit que c’est le moment de dire stop, de se regarder dans le miroir, de se dire qu’on a tout donné et que la mission a été accomplie. »
Malgré un échange approfondi avec Patrick Vieira, le nouveau sélectionneur des Lions qui a tenté de le faire changer d’avis et souhaitait l’intégrer dans son projet, Mendy a préféré décliner par honnêteté envers le groupe. Ne voulant pas commencer une aventure qu’il n’allait pas forcément finir, il a choisi de laisser la place à une nouvelle génération de gardiens pour débuter sereinement les qualifications et mener le groupe jusqu’à la prochaine CAN.
Un bilan lucide sur le Mondial 2026 et l’avenir des Lions
Évoquant l’élimination prématurée du Sénégal face à la Belgique en seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026 (3-2), Édouard Mendy ne cache pas sa déception. Il qualifie ouvertement la compétition d’échec au vu des attentes, de la qualité de l’effectif et du très bon début d’année couronné par un sacre continental au Maroc. Toutefois, il insiste sur la nécessité d’en tirer les leçons pour bâtir l’avenir. L’ancien portier de Chelsea espère que les cadres encore présents sauront se positionner en mentors pour faire progresser cette sélection, notamment dans le cadre de la « Vision 2030 » portée par Patrick Vieira afin de casser le plafond de verre mondial. Par ailleurs, il certifie que les polémiques extra-sportives entourant la préparation du Mondial n’ont eu aucun impact sur son départ, acté bien en amont.
Vers de nouveaux horizons entre l’Arabie saoudite et le Sénégal
Désormais pleinement concentré sur son club d’Al-Ahli — avec en point mire la Coupe du monde des clubs 2029 et la finale de la Coupe Asie-Afrique —, le portier entend capitaliser sur sa liberté retrouvée pour s’investir durablement dans sa patrie. Cette transition vers la retraite internationale lui offre le temps nécessaire pour s’engager pleinement dans ses projets éducatifs et sociaux.
Il développe notamment des initiatives d’envergure à travers l’école Yakar, dont la capacité d’accueil doit passer de 60 à 200 enfants avec la mise en place d’un enseignement numérique gratuit et la construction future d’un terrain multisports. De plus, à travers son programme ChangeKeepers, il soutient l’entrepreneuriat local en offrant un appui financier et un accompagnement humain à de jeunes start-up dakaroises. Une manière élégante pour ce « lion de légende », submergé par la reconnaissance de tout un peuple, de continuer à servir son pays loin des rectangles verts.

